C'est le document qu'on envoie à chaque artiste avant de commencer. Il tient en une page et il fait gagner plusieurs jours à tout le monde. La majorité des projets qu'on reçoit repartent au moins une fois parce qu'un de ces points n'a pas été respecté — ce n'est pas grave, mais c'est du temps perdu.
01. Exportez en WAV, pas en MP3
Le MP3 jette de l'information de façon définitive. On peut mixer un MP3, mais on part avec un handicap qu'aucun traitement ne rattrape. Exportez en WAV, à la fréquence d'échantillonnage de votre session — si vous avez enregistré en 48 kHz, exportez en 48 kHz. Ne rééchantillonnez pas « pour faire propre » : chaque conversion inutile est une dégradation gratuite.
Pour la résolution, 24 bits est le standard. Le 16 bits fonctionne, le 32 bits flottant aussi. Ce qui compte, c'est la cohérence sur tout le projet.
02. Toutes les pistes doivent partir du même point zéro
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Chaque piste exportée doit commencer au début de la session, pas à l'endroit où le son démarre. Si votre voix entre à 12 secondes, le fichier doit contenir ces 12 secondes de silence.
Sinon, l'ingénieur du son doit resynchroniser chaque piste à l'oreille, et une erreur de quelques millisecondes suffit à décaler une prise. Dans la plupart des logiciels, cette option s'appelle « exporter depuis le début du morceau » ou « consolider ».
03. Laissez de la marge, coupez le bus général
Chaque piste doit avoir au moins 3 à 6 dB de marge : rien ne doit toucher le 0 dBFS. Un fichier qui sature à l'export est irrécupérable — la distorsion est gravée dedans.
Et surtout : retirez tout ce qui est sur le bus général. Le compresseur de master, le limiteur, l'égaliseur « qui rend ça mieux » : ils empêchent le mixage. Si vous les gardez, on mixe par-dessus vos décisions au lieu de partir du son brut. Si vous tenez absolument à un effet, envoyez la piste en double, avec et sans.
04. Ce qu'on garde sur les pistes, et ce qu'on enlève
On garde les effets qui font partie de l'écriture : un autotune assumé, un filtre volontaire sur un couplet, une saturation qui est le son du morceau. Ce sont des choix artistiques, pas des corrections.
On enlève la reverb et le delay « de confort » ajoutés pendant l'enregistrement pour que ça sonne mieux au casque. Ces effets se poseront au mixage, dans le bon espace, avec le bon dosage. Une fois imprimés dans le fichier, ils ne s'enlèvent plus.
05. Nommez vos fichiers
Voix_lead.wav, Choeurs_refrain_1.wav, Basse.wav. Pas Audio_04_final_FINAL_v3.wav. Sur un projet à trente pistes, un nommage clair fait gagner une heure et évite les malentendus.
Regroupez dans un dossier par morceau, et compressez le tout en un seul ZIP par titre.
06. Envoyez une référence
C'est l'information la plus utile de tout votre envoi, et celle qu'on oublie le plus souvent. Un ou deux morceaux existants qui sonnent comme vous voudriez sonner. Pas pour copier : pour se mettre d'accord sur une direction en trois secondes plutôt qu'en trois échanges de mails.
Ajoutez aussi une note libre : ce qui vous plaît dans la maquette, ce qui vous dérange, ce à quoi vous tenez.
07. Joignez la maquette
Exportez votre mix approximatif, celui que vous écoutez depuis des semaines, et joignez-le. Il sert de repère : il dit ce que vous aviez en tête, y compris les équilibres auxquels vous êtes attaché. Personne ne va le copier, mais tout le monde a besoin de l'entendre.
La checklist
- WAV, fréquence d'échantillonnage de la session, 24 bits de préférence
- Toutes les pistes démarrent au point zéro du morceau
- 3 à 6 dB de marge minimum, aucune saturation
- Bus général vide : ni compresseur, ni limiteur, ni égaliseur
- Effets d'écriture gardés, reverb et delay de confort retirés
- Fichiers nommés clairement, un dossier par morceau
- Une ou deux références sonores
- La maquette, et une note sur ce que vous voulez
Et pour le mastering seul ?
Si votre morceau est déjà mixé et que vous ne voulez qu'un mastering, envoyez un seul fichier stéréo, en WAV, avec la même exigence de marge : au moins 3 dB sous le 0 dBFS, sans limiteur sur le master. Un mastering sur un fichier déjà écrasé ne peut rien faire d'autre que constater les dégâts.
Et gardez en tête ce que le mastering est : une finition, pas un sauvetage. Il donne au morceau son niveau et sa cohérence finale. Il ne rattrape pas une voix mal enregistrée ni un mixage déséquilibré. La différence entre mixage et mastering est détaillée dans un autre guide.